Rencontrer une tortue qui glisse au-dessus du récif, observer un poisson-clown qui surveille son anémone ou croiser un requin corail à pointe blanche au repos : le lagon de Nouvelle-Calédonie offre des scènes que l’on a envie de garder. Mais la photo sous-marine de faune repose sur un principe simple : la meilleure image est celle que l’animal ne remarque presque pas. Voici ma façon de l’aborder, à Nouméa comme ailleurs dans le lagon.
Un lagon exceptionnel, une faune à respecter
Les lagons de Nouvelle-Calédonie sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, et on comprend pourquoi dès qu’on met la tête sous l’eau : coraux durs et mous, gorgones, poissons de récif, tortues, raies et requins cohabitent dans un équilibre fragile. En tant que photographe, j’y suis un invité. Je ne touche pas, je ne nourris pas, je ne poursuis pas.
Ce respect n’est pas qu’une question d’éthique : il améliore vos photos. Un animal que l’on dérange fuit, se crispe ou se cache. Un animal tranquille garde son comportement naturel, et c’est ce naturel qui fait la force d’une image.
Connaître les animaux avant de les photographier
Une bonne photo de faune commence hors de l’eau, par l’observation et quelques notions de comportement :
- Les poissons-clowns vivent au creux de leur anémone et ne s’en éloignent guère. Ils sont casaniers : inutile de courir après eux, il suffit de s’installer à bonne distance et d’attendre qu’ils reprennent leur va-et-vient.
- Les tortues marines doivent remonter respirer en surface. Il faut leur laisser le passage, ne jamais leur barrer la route ni les encercler, et privilégier un angle bas, de côté ou légèrement en dessous.
- Les requins de récif, comme le requin corail à pointe blanche, passent de longs moments posés sur le fond. On les photographie en restant calme, à distance respectueuse, sans s’approcher brusquement.
- Les bancs de poissons réagissent au moindre mouvement brusque. Avancer lentement et se placer en face, plutôt que derrière, donne souvent de meilleures compositions.
Chaque site a aussi son ambiance : récifs colorés, jardins de gorgones, grand bleu en bordure de passe. Savoir ce que l’on peut y espérer permet de préparer son cadrage et d’en tirer parti.
La lumière et la couleur sous l’eau
Sous la surface, l’eau absorbe les couleurs, à commencer par les rouges, qui disparaissent rapidement avec la profondeur. Deux réflexes aident beaucoup :
- Se rapprocher du sujet (sans le déranger) pour limiter la couche d’eau entre l’objectif et l’animal, ce qui préserve contraste et couleurs.
- Rester dans les premiers mètres quand c’est possible, là où la lumière du jour est la plus généreuse et où les rayons du soleil dessinent de beaux faisceaux.
Un éclairage artificiel peut redonner les couleurs, mais il doit être utilisé avec discernement près des animaux. Pour le détail du matériel (caisson, lumière, lestage), je vous renvoie à mon article sur le matériel spécifique de la photo sous-marine.
Le printemps austral et la saison sèche offrent en général un temps plus stable, ce qui facilite les sorties en mer. Les conditions réelles dépendent toutefois du vent, de la houle, des marées et du site choisi : on s’adapte toujours à la météo du jour.
Les gestes qui font la différence
Soigner sa flottabilité
C’est la base. Être parfaitement stabilisé évite de heurter le corail, de soulever le sable et de faire fuir les animaux. Une flottabilité maîtrisée permet aussi de rester immobile, donc de cadrer avec précision.
Ralentir, encore et toujours
Les mouvements lents, réguliers, sans coups de palmes brusques, rassurent la faune. Mieux vaut laisser venir l’animal que l’inverse. Certaines des plus belles scènes se produisent après de longues minutes d’immobilité.
Penser au point de vue
Photographier à hauteur des yeux d’un poisson change tout : l’image devient intime, immersive, au lieu d’un simple regard de surface. Le fond bleu, le sable ou la silhouette du récif en arrière-plan servent ensuite à isoler le sujet et à donner de la profondeur.
Ne rien toucher
Ni corail, ni anémone, ni animal. Un simple contact peut abîmer un organisme qui met longtemps à se développer. Pour stabiliser sa position, on choisit un fond sableux ou on s’appuie sur rien du tout.
Faune, portrait, mode : un même regard sous l’eau
Ce que j’aime dans la photographie sous-marine, c’est qu’elle réunit plusieurs univers : la faune et les récifs, mais aussi le portrait en apnée, la mode et l’image artistique. La patience, la lumière et le calme que demande la photo de faune nourrissent directement mes séances avec des modèles ou des particuliers. Si vous voulez comprendre comment se déroule un tel moment, j’en parle dans cet article sur la séance de photographie aquatique.
Et si vous êtes plongeur et souhaitez progresser par vous-même, mon guide du stage photo sous-marine pour plongeurs détaille la démarche.
Découvrir le lagon en images
Si ces quelques conseils vous donnent envie de voir ce que le lagon réserve, je vous invite à parcourir le portfolio sous-marin de BFO Photographie : récifs, poissons, tortues, portraits aquatiques. Pour une séance ou un projet particulier, les formules et la réservation en ligne sont disponibles sur la page Tarifs. Les photos sont ensuite livrées en ligne.
Le lagon se mérite et se protège. Le photographier avec patience et respect, c’est aussi une belle façon de le faire aimer.